PASEC 2024 : les enfants africains commencent bien. Aidons-les maintenant à bien terminer.
Dans 16 pays africains, plus d’enfants que jamais apprennent à lire dès leurs premières années d’école. Mais la plupart quittent encore le primaire sans les compétences de base en lecture et en mathématiques dont ils ont besoin. Les nouveaux résultats du PASEC 2024 montrent ces deux réalités, et indiquent où agir.
Qu’est-ce que le PASEC, et pourquoi est-il important que l’Afrique le pilote ?
PASEC signifie Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN. Il s’agit d’une vaste évaluation des apprentissages menée auprès des élèves du primaire dans 16 pays d’Afrique subsaharienne, en majorité francophones, ainsi qu’au Nigéria (anglophone), en Guinée-Bissau et à Sao Tomé-et-Principe (lusophones). Il est conduit par la CONFEMEN, la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie.
Le cycle 2024 est le troisième de ce type. Il a évalué plus de 110 000 élèves dans 16 pays, sur deux domaines : la lecture et les mathématiques. Et il les a mesurés à deux moments : au début du primaire, puis à la fin du primaire (CM2).
Ce second point est essentiel. Une évaluation réalisée uniquement en fin de cycle indique qu’un problème est survenu. Une évaluation réalisée aux deux extrémités indique quand il est survenu. Le PASEC 2024 permet ainsi de voir si les enfants qui démarrent bien continuent de progresser, ou s’ils décrochent en cours de route.
Le PASEC fixe également un seuil clair. Il définit un niveau minimum de compétences que chaque enfant devrait atteindre. Concrètement, en fin de primaire, un enfant à ce niveau sait lire un texte court et en comprendre le sens, et maîtrise les opérations de base sur les nombres. Ce seuil est celui utilisé pour suivre les progrès de l’Afrique vers l’objectif mondial d’une éducation de qualité (Objectif de développement durable 4).
Enfin, l’identité de celui qui conduit l’évaluation compte. Le PASEC est conçu et mis en œuvre par des institutions africaines, avec les ministères africains de l’Éducation, dans des salles de classe africaines. Les épreuves sont construites en tenant compte des langues et des réalités des enfants évalués. C’est l’Afrique qui se mesure elle-même, selon ses propres termes, et qui produit les données nécessaires à ses propres décisions. Cela confère aux résultats un poids que les évaluations externes ne peuvent pleinement égaler.
Une bonne nouvelle d’abord : les enfants arrivent à l’école mieux préparés
Les progrès les plus marqués du PASEC 2024 se situent au début du primaire. En 2014, environ 3 enfants sur 10 seulement atteignaient le niveau minimum en lecture en début de primaire. En 2025, ils sont plus de 5 sur 10 (51 %). Soit un gain de 21 points de pourcentage en une décennie. Autrement dit, un enfant qui entre à l’école aujourd’hui a bien plus de chances d’apprendre à lire qu’un enfant entré il y a dix ans.
Les progrès ne concernent pas que la moyenne. La proportion des meilleurs jeunes lecteurs, ceux qui atteignent le niveau le plus élevé mesuré par le PASEC, a presque doublé, passant de 15 % en 2014 à 29 % en 2025. Les systèmes scolaires forment davantage de jeunes lecteurs confiants qu’auparavant.
Les mathématiques en début de primaire ont aussi progressé sur la décennie. La proportion d’enfants atteignant le niveau minimum au début du primaire est passée de 55 % en 2014 à 70 % en 2019, et s’est globalement maintenue depuis.
Certains pays ont avancé plus vite que d’autres. Entre 2019 et 2025, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la République du Congo, le Gabon et le Tchad ont tous enregistré des progrès significatifs en lecture en début de primaire.
Le Sénégal offre l’un des enseignements les plus utiles. Son score en lecture en début de primaire a progressé de 39 points entre 2019 et 2025. Une partie de la cohorte a appris à lire dans des langues nationales comme le pulaar, le sérère, le soninké et le wolof. Ces enfants lisent mieux que ceux qui ont appris uniquement en français. Lorsque les enfants apprennent à lire dans une langue qu’ils parlent déjà, ils apprennent plus vite. C’est un choix de politique que les gouvernements peuvent faire.
Mais il y a aussi des vérités difficiles : les acquis s’estompent avant la ligne d’arrivée
En fin de primaire, le tableau change. Dans les 16 pays :
- Environ 6 enfants sur 10 (61,5 %) terminent le primaire en dessous du niveau minimum en lecture.
- Environ 3 enfants sur 4 (75,2 %) terminent le primaire en dessous du niveau minimum en mathématiques.
- Aucun pays n’a enregistré d’amélioration statistiquement significative en lecture en fin de primaire au cours de la décennie.
Que signifie « en dessous du niveau minimum » au quotidien ? Il s’agit d’un enfant de 11 ou 12 ans qui a déjà accompli six années d’école primaire, mais qui peine encore à lire un court passage et à l’expliquer, ou à résoudre un problème simple avec des nombres. Cet enfant aura beaucoup de difficultés au secondaire. Pour beaucoup, c’est la fin de leur parcours d’apprentissage.
Le constat central est le suivant : les progrès du début de scolarité ne se maintiennent pas jusqu’à la fin. Davantage d’enfants entrent au primaire sur de bonnes bases. Mais quelque part entre les premières années et le CM2, beaucoup cessent de progresser au rythme nécessaire. Ce n’est pas une raison de désespérer. C’est une raison de se concentrer. Nous savons désormais que les premières années peuvent s’améliorer, puisqu’elles se sont améliorées. L’enjeu est de faire en sorte que le milieu et la fin du primaire s’appuient sur ce socle au lieu de le perdre.
Les mathématiques exigent une attention particulière. C’est le domaine le plus faible de toute l’étude. Un enfant sur quatre seulement quitte le primaire avec des compétences de base en mathématiques. Pour des économies africaines qui ont besoin de techniciens, de médecins, de commerçants et d’ingénieurs, ce déficit a un coût élevé.
Comment les 16 pays se comparent-ils ?
Les moyennes masquent de grandes différences. Le PASEC 2024 regroupe les pays selon qu’ils se situent au-dessus ou en dessous des repères régionaux du rapport en lecture et en mathématiques en fin de primaire.
| Groupe (fin de primaire) | Pays |
| Au-dessus en lecture et en mathématiques | Gabon, Sénégal |
| Au-dessus en lecture uniquement | Bénin, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Guinée, Sao Tomé-et-Principe |
| Au-dessus en mathématiques uniquement | Burundi |
| En dessous dans les deux domaines | Djibouti, Guinée-Bissau, Madagascar, Mali, Nigéria, Tchad, Togo |
Trois enseignements ressortent de ce tableau.
De bons résultats sont possibles ici. Le Gabon est en tête en lecture, avec 84,7 % des élèves au-dessus du seuil en fin de primaire. Le Sénégal est en tête en mathématiques, avec 59,6 % au-dessus du seuil. Ce sont des systèmes africains, avec des budgets africains et des salles de classe africaines. Ils montrent ce qui est réalisable sur ce continent.
Réussir dans une matière ne signifie pas réussir dans les deux. Six pays sont au-dessus du repère en lecture mais pas en mathématiques. Le Burundi présente le profil inverse : il affiche le plus faible résultat en lecture en fin de primaire (8,4 %), mais se situe au-dessus du repère en mathématiques.
Un bon départ peut encore mal finir. La Guinée-Bissau compte l’une des plus fortes proportions d’enfants atteignant le niveau en lecture en début de primaire. Pourtant, en fin de primaire, seuls 1,3 % de ses élèves atteignent le seuil en mathématiques. Un bon départ est nécessaire, mais il ne suffit pas.
Les écarts ne se limitent pas aux différences entre pays. Dans presque chaque pays, les résultats varient selon le genre, le milieu urbain ou rural, et le type d’école, publique ou privée. Le lieu de vie d’un enfant et l’école qu’il fréquente déterminent encore ce qu’il apprend.
Pour les décideurs, ces résultats dessinent quatre priorités
Les données indiquent quatre domaines où les décisions des gouvernements et de leurs partenaires peuvent faire la plus grande différence.
- Garantir la qualité sur les six années du primaire, et pas seulement sur les premières. Une grande partie des efforts récents a porté sur les premières années, et cela fonctionne. L’étape suivante consiste à prolonger cet effort du CE1 au CM2 : la même attention à l’enseignement de la lecture, un suivi régulier pour vérifier que les enfants suivent, et un soutien à ceux qui décrochent avant que l’écart ne devienne trop grand pour être comblé.
- Traiter les mathématiques comme une urgence à part entière. Trois enfants sur quatre quittent le primaire sans compétences de base en mathématiques. Cela appelle un plan spécifique : des programmes de mathématiques plus clairs, davantage de temps consacré aux mathématiques dans la journée scolaire, de meilleurs supports pédagogiques, et des formations qui aident les enseignants à enseigner les mathématiques avec assurance. Les programmes de lecture ne suffiront pas à eux seuls.
- Apprendre aux enfants à lire dans une langue qu’ils comprennent. Les résultats du Sénégal s’ajoutent à un large corpus de données : les enfants qui apprennent d’abord à lire dans leur langue maternelle lisent mieux, y compris plus tard dans la langue officielle. Développer l’enseignement en langue maternelle dans les premières années est l’un des choix les plus rentables à la disposition des ministères.
- Réduire les écarts à l’intérieur de chaque pays. Les moyennes nationales peuvent progresser alors que certains enfants restent à la traîne. Les résultats des filles et des garçons, des enfants ruraux et urbains, des enfants en situation de handicap, et des élèves du public et du privé doivent être suivis séparément. Les ressources, les enseignants et l’accompagnement doivent ensuite aller là où les écarts sont les plus grands.
Un cinquième point traverse les quatre : continuer à mesurer. Le PASEC n’est utile que parce qu’il est répété dans le temps et comparable entre pays. Les gouvernements qui investissent dans des données régulières et de qualité sur les apprentissages peuvent voir ce qui fonctionne, ajuster leur action plus rapidement et dépenser plus judicieusement des ressources limitées.
Le rôle de l’ADEA : assurer le passage des données aux décisions politiques
Les données ne changent des vies que lorsqu’elles influencent les décisions. Un rapport peut rester sur une étagère. Ce qui compte, c’est que les ministres, les planificateurs, les responsables budgétaires et les chefs d’établissement s’en servent pour décider quoi financer, quoi corriger, quoi généraliser et comment soutenir les enseignants.
C’est là que l’ADEA concentre son action. En tant que plateforme panafricaine de dialogue sur les politiques, l’ADEA réunit les ministères de l’Éducation entre eux et avec les institutions qui les accompagnent. Notre objectif est simple : que chaque grande décision éducative sur le continent repose sur des données probantes. Concrètement, cela signifie trois choses :
- Aider les pays à apprendre les uns des autres. Lorsque le Gabon ou le Sénégal réussit quelque chose, les autres pays doivent pouvoir apprendre comment, de la bouche de ceux qui l’ont fait. L’ADEA crée les espaces où ces échanges ont lieu.
- Transformer les constats en actions. Nous travaillons avec les ministères pour traduire les résultats d’évaluations comme le PASEC en priorités, en plans et en engagements clairs, et pour en assurer le suivi.
- Ancrer l’habitude d’utiliser les données. Nous accompagnons les pays dans le renforcement de leurs propres systèmes de collecte, d’analyse et d’exploitation des données sur les apprentissages, afin que les données fassent partie de la prise de décision chaque année, et pas seulement à la parution d’un nouveau rapport.
Le PASEC 2024 offre à l’Afrique une image claire, produite par elle-même, de la situation de ses enfants. L’engagement de l’ADEA est de contribuer à ce que cette image oriente ce qui se passera ensuite dans les salles de classe du continent.
Nous félicitons la CONFEMEN et son Secrétaire général, le Professeur Abdel Rahamane Baba-Moussa, ainsi que l’ensemble de l’équipe technique du PASEC, pour ce travail rigoureux et opportun. Évaluer plus de 110 000 enfants dans 16 pays, et rendre les résultats comparables sur une décennie, demande des années d’efforts minutieux. Nous remercions également les ministères de l’Éducation, les enseignants et les élèves qui y ont participé.
Les fondations se construisent. L’agenda est clair. Le travail qui nous attend consiste à faire en sorte que chaque enfant qui commence bien l’école la termine bien aussi.
Sources
- CONFEMEN, rapport international PASEC 2024 (publié en octobre 2026). Tous les chiffres de cet article sont tirés de ce rapport.