Le webinaire de l’AFLAI explore des approches durables de renforcement des capacités pour les évaluations des apprentissages, au-delà des ateliers conventionnels
Le mardi 23 juin, l’ADEA a réuni des décideurs politiques, des experts techniques, des chercheurs et des partenaires au développement dans le cadre d’un webinaire de l’Initiative africaine pour l’évaluation des apprentissages fondamentaux (AFLAI). La rencontre a examiné comment les pays peuvent dépasser le modèle traditionnel des ateliers de formation afin de construire des capacités durables en matière d’évaluation des apprentissages fondamentaux. Placé sous le thème « Approches de renforcement des capacités : au-delà du modèle conventionnel des ateliers – explorer des modèles durables de renforcement des capacités pour les évaluations des apprentissages fondamentaux », le webinaire a été modéré par la Spécialiste principale de l’ADEA en apprentissages fondamentaux, Dr Jacqueline Jere-Folotiya, et a bénéficié des contributions du Ministère de l’Éducation, de l’Innovation, de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture de Namibie (MEIYSAC)ainsi que de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU).
Les discussions ont porté sur un défi bien connu des systèmes d’évaluation à travers le continent : les compétences techniques liées à l’élaboration des items, à l’échantillonnage, à la formation des enquêteurs et à l’analyse des données sont régulièrement enseignées lors d’ateliers, mais sont rarement consolidées dans la durée. Les données présentées au cours de la session ont permis de quantifier cette réalité : jusqu’à 70 % des nouvelles connaissances techniques sont perdues en quelques jours lorsqu’elles ne sont pas renforcées par la pratique. Ce constat a servi de point de départ à la question centrale du webinaire : comment fournir un appui technique capable de produire des changements institutionnels qui perdurent bien au-delà de la formation elle-même ?
L’enjeu dépasse largement le cadre d’une seule session. Alors que les pays africains intensifient la mise en œuvre d’évaluations nationales des apprentissages fondamentaux, le besoin de personnel techniquement qualifié ne cesse de croître. Pourtant, un défi persistant demeure : les ateliers ponctuels laissent souvent les participants avec une compréhension théorique des concepts d’évaluation, sans leur permettre d’acquérir les compétences pratiques nécessaires à leur mise en œuvre effective. Les expériences nationales présentées au cours de la session ont illustré l’ampleur de ce défi, mais également la manière dont il peut être relevé lorsque le renforcement des capacités est repensé autour de l’appropriation plutôt que de la simple transmission des connaissances.
Dans son allocution d’ouverture, le Secrétaire exécutif de l’ADEA, Albert Nsengiyumva, a appelé à un changement fondamental dans la manière de développer les capacités techniques.
« Nous traitons souvent les compétences techniques, telles que la conception des évaluations, comme des informations à transmettre lors d’une séance d’information, plutôt que comme un savoir-faire qui se construit grâce à la répétition, au retour d’expérience et à la pratique », a-t-il déclaré.
« Et si nous cessions de nous demander comment former davantage de personnes à la conception des évaluations pour plutôt nous interroger sur la manière de bâtir des systèmes où les capacités techniques ne dépendent pas uniquement des personnes présentes dans une salle ? Comment pouvons-nous repenser le renforcement des capacités afin qu’il consolide les systèmes, et non seulement les individus ? »
Il a encouragé les participants à partager à la fois leurs réussites et les défis persistants rencontrés à travers le continent, tout en soulignant que le prochain Foundational Learning Exchange (FLEX) 2026 constituera une occasion privilégiée pour approfondir cette réflexion.
Ronel Bosch, représentante du MEIYSAC, a ancré les échanges dans les résultats de la recherche expliquant pourquoi les ateliers conventionnels atteignent rapidement leurs limites : les approches descendantes transforment les participants en récepteurs passifs plutôt qu’en acteurs engagés, tandis que l’enthousiasme généré par la formation s’estompe rapidement face aux responsabilités quotidiennes.
« Sans accompagnement, modélisation et possibilités de mise en pratique, même les meilleures formations ne deviennent qu’un atelier de plus – et nous en avons fait l’expérience », a-t-elle affirmé.
Elle a présenté l’expérience réussie de la Namibie, où les participants sont intégrés comme co-créateurs des processus. Ils ont notamment été directement impliqués dans l’adaptation des outils EGRA (Évaluation des compétences en lecture aux premières années de scolarité) et EGMA (Évaluation des compétences en mathématiques aux premières années de scolarité), ainsi que dans l’élaboration d’un guide pédagogique de mathématiques destiné aux classes préscolaires jusqu’à la troisième année du primaire. Cette approche a permis de renforcer la compréhension technique tout en développant un véritable sentiment d’appropriation des outils qui seront ensuite utilisés sur le terrain.
Alpha Ba, Conseiller régional à l’ISU-UNESCO, a élargi la réflexion en partageant des enseignements tirés de plusieurs pays. Il a souligné des défis récurrents tels que le manque de responsabilisation dans la préparation préalable aux formations et l’utilisation de supports pédagogiques insuffisamment adaptés aux réalités des participants. À l’inverse, il a mis en avant plusieurs pratiques prometteuses : l’apprentissage asynchrone utilisé dans l’Académie de politique EMIS de la Gambie, qui permet aux participants de poser des questions et d’appliquer les enseignements à leur rythme, ainsi que l’initiative TEDDIE (Tech-Enabled Disability-Inclusive Education), dans laquelle les bénéficiaires ont co-conçu les outils qu’ils utiliseraient après la formation. Selon lui, le principal enseignement de ces expériences est clair : un impact durable dépend d’un suivi structuré comprenant mentorat, guides pratiques et communautés de pratique. Sans ces mécanismes, même les programmes les mieux conçus finissent par perdre leur élan.
En clôturant la session, Clio Dintilhac, Responsable principale de programme à la Fondation Gates, a encouragé les pays à poursuivre leur collaboration avec l’AFLAI :
« Si vous réfléchissez à des défis liés à l’établissement de références d’apprentissage, au renforcement de la conception des évaluations ou à une meilleure utilisation des données d’évaluation, n’hésitez pas à nous contacter. Nous serions très heureux d’explorer les moyens par lesquels cette initiative peut soutenir vos efforts. »
Les échanges ont clairement montré que la transformation en cours dans le domaine de l’évaluation des apprentissages fondamentaux est avant tout structurelle, et non uniquement technique. Il s’agit de passer d’événements de formation ponctuels à des systèmes conçus pour favoriser un apprentissage continu et durable. L’AFLAI poursuivra cette réflexion lors des prochaines discussions prévues à FLEX 2026, où les pays et les partenaires examineront les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Déclaration du FLEX 2024.
L’expérience d’un pays offre ainsi une leçon précieuse pour l’ensemble du continent : lorsque le renforcement des capacités est conçu autour de l’appropriation plutôt que de la simple transmission, les acquis de l’apprentissage survivent bien au-delà de l’atelier.