Le PQIP sur l'enseignement supérieur de l'ADEA organise un webinaire pour repenser les curricula et les partenariats entre universités et entreprises

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Le Pôle de qualité inter-pays de l'ADEA sur l'enseignement supérieur et la recherche scientifique (PQIP-ESRS) a organisé un webinaire de haut niveau le jeudi 2 avril 2026 sur le thème « Former les talents africains de demain : programmes d'études innovants et partenariats entre universités et entreprises – Du campus à l'entreprise : accélérer l'impact des talents africains ». La session a réuni des décideurs politiques supérieurs, des dirigeants universitaires, des acteurs du secteur privé, des chercheurs et de jeunes entrepreneurs de tout le continent afin d’examiner comment la réforme des programmes d’études et le renforcement des partenariats entre l’université et l’industrie peuvent mieux préparer les diplômés africains à l’économie de demain.

En ouvrant la session, Shem Bodo, chargé de programme supérieur à l’ADEA, représentant le secrétaire exécutif Albert Nsengiyumva, a tracé une orientation claire :

«Cette réunion n’avait pas pour but de passer en revue des défis bien connus, mais de co-créer des solutions pratiques et applicables impliquant à parts égales les universités, les gouvernements et l’industrie.»

Il a souligné l’urgence d’aligner l’enseignement supérieur sur les réalités du marché du travail, notant que le chômage et le sous-emploi des diplômés restent obstinément élevés malgré une augmentation des inscriptions à travers le continent.

Repenser les programmes d’études pour favoriser l’employabilité

Le premier panel a examiné les compétences dont les diplômés africains ont besoin pour s’épanouir dans un monde en mutation rapide. Les intervenants ont affirmé que si l’expertise technique reste essentielle, les employeurs exigent de plus en plus la pensée analytique, la créativité, l’adaptabilité, l’aisance numérique et le leadership. Des exemples nationaux ont illustré la manière dont les systèmes s’adaptent : l’île Maurice a introduit des micro-certifications qui permettent aux entreprises de co-concevoir des formations en milieu professionnel reconnues pour l’obtention de crédits universitaires — contribuant ainsi à un taux d’employabilité des diplômés supérieur à 90 % avant même l’obtention du diplôme. Des experts du Kenya, de Tunisie et du Maroc ont appelé à un changement décisif, passant de modèles universitaires axés sur l’offre à des programmes d’études façonnés par les données du marché du travail, les cadres de compétences et les compétences transversales de la vie courante. Les experts ont également identifié le Cadre continental africain des certifications (ACQF) comme un outil essentiel pour harmoniser les résultats des diplômés aux niveaux du diplôme, de la licence et du doctorat, offrant ainsi aux universités et aux employeurs un point de référence commun.

Partenariats, entrepreneuriat et mise à l'échelle

Le deuxième panel a exploré les partenariats entre universités et entreprises ainsi que l'entrepreneuriat en tant que moteurs du changement systémique. Le réseau ISEP du Sénégal a présenté un modèle convaincant, dans lequel des professionnels du secteur définissent les normes de compétences et les étudiants alternent entre études universitaires et stages en entreprise. Des exemples provenant de Madagascar, du Cameroun et de São Tomé-et-Príncipe ont mis en évidence la manière dont les réformes législatives, les pôles d’innovation et les pépinières d’entreprises aident les universités à traduire la recherche en création d’entreprises — en particulier dans l’agro-industrie, les technologies numériques, le tourisme et les énergies vertes. Les intervenants ont également appelé à une coopération Sud-Sud plus approfondie entre les universités africaines afin de soutenir la mobilité, l’innovation conjointe en matière de programmes d’études et le partage des capacités à moindre coût et avec une plus grande pertinence contextuelle.

Le webinaire a mis en avant deux jeunes entrepreneurs dont les parcours ont donné vie à la discussion. Originaire de Sierra Leone, Mohamed Samu a décrit comment la recherche universitaire a débouché sur la création d’une entreprise produisant des engrais et des aliments pour animaux à base d’insectes, qui attire désormais des investissements régionaux et internationaux. Originaire du Cameroun, Boris Mabou Fokam a présenté Green Power Biotechnology SARL et la Green Power Academy — qui combinent la production de biogaz avec la formation des jeunes aux technologies énergétiques durables. Ces deux parcours retracent tout le cheminement, de la curiosité académique à la création d’entreprise et à la génération d’emplois.

En clôture de la session, le secrétaire exécutif de l’ADEA, Albert Nsengiyumva, a défini quatre priorités pour la prochaine phase de réforme : aligner la formation sur les marchés du travail régionaux ; placer l’entrepreneuriat et les compétences non techniques au cœur des programmes d’études ; renforcer les liens entre l’enseignement supérieur et les niveaux antérieurs du système éducatif ; et mettre en place des systèmes continentaux fiables pour la reconnaissance des qualifications et l’assurance qualité.

Les participants ont convenu que les progrès devaient désormais être guidés par la connaissance du marché du travail, la conception conjointe des programmes d’études avec le secteur privé, l’élargissement des cadres de micro-certifications et des incitations politiques plus fortes en faveur de l’emploi des diplômés.

Ce webinaire s’inscrit dans le cadre de l’engagement plus large de l’ADEA, au titre de son Plan stratégique 2024-2028, visant à renforcer la contribution de l’enseignement supérieur à la transformation économique de l’Afrique — en veillant à ce que le vivier de talents croissant du continent soit non seulement formé, mais aussi doté des moyens et de l’autonomie nécessaires pour la mener à bien.