Le Sénégal lance le projet Education and Skills Data Challenge (ESDC) pour renforcer la prise de décision fondée sur les données dans le secteur de l’éducation
Le Sénégal a officiellement lancé la mise en œuvre du projet Education and Skills Data Challenge (ESDC) – Relever le défi des données de l’éducation et des compétences, une initiative continentale portée par l’Association pour le Développement de l’Éducation en Afrique (ADEA) avec le soutien de la Fondation Mastercard à travers son Centre pour l’Enseignement et l’Apprentissage Innovants (CITL). Cette étape marque une avancée importante dans les efforts du pays visant à renforcer la production, l’analyse et l’utilisation des données sur l’éducation et les compétences pour soutenir des politiques publiques fondées sur l’évidence.
La cérémonie officielle de lancement s’est tenue à la Sphère ministérielle Habib Thiam à Diamniadio et a réuni des représentants du ministère de l’Éducation nationale, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, ainsi que des responsables de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), de l’École nationale de la statistique et de l’analyse économique (ENSAE), de l’ADEA et plusieurs experts impliqués dans les systèmes d’information et de gestion des données éducatives.
Ouvrant la cérémonie, M. Cheikhna Lam, Directeur de la Planification et de la Réforme au ministère de l’Éducation nationale, a souligné l’importance stratégique de données fiables pour améliorer la performance des systèmes éducatifs. Il a rappelé que l’initiative ESDC ne vise pas uniquement à renforcer les compétences techniques des acteurs du secteur, mais également à améliorer la production, l’analyse et l’utilisation des statistiques éducatives afin d’éclairer les décisions publiques et la planification sectorielle.
Représentant le ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, M. El Hadji Mamadou Gningue a réaffirmé l’engagement de son institution à contribuer pleinement à la réussite du projet. Il a insisté sur l’importance de la collaboration entre les trois ministères impliqués dans la mise en œuvre du Programme sectoriel unique de l’éducation.
Prenant la parole au nom du Directeur général de l’ANSD, M. Idrissa Diagne, Directeur de l’ENSAE, a rappelé les performances remarquables du Sénégal en matière de statistique publique, notamment son classement à la première place africaine dans l’Indice de performance statistique de la Banque mondiale en 2024. Tout en saluant ces acquis, il a mis en lumière plusieurs défis persistants liés à l’harmonisation des pratiques statistiques, à l’intégration de nouvelles sources de données et à l’utilisation plus systématique des informations produites dans les processus décisionnels.
« Des initiatives comme l’ESDC apportent une réponse concrète à ces défis en dotant les acteurs du secteur éducatif des compétences et des outils nécessaires pour transformer les données en actions », a-t-il déclaré.
Représentant le Secrétaire exécutif de l’ADEA, M. Eugène Yombo, Manager du projet ESDC, a présenté la vision continentale qui sous-tend cette initiative. Il a souligné que les données constituent aujourd’hui un moteur essentiel de transformation des systèmes éducatifs africains, permettant d’identifier les défis, de mesurer les progrès et d’orienter les réformes.
Malgré les avancées réalisées ces dernières années, de nombreux pays continuent de faire face à des défis liés à la disponibilité, à la qualité et à l’utilisation des données. À travers l’ESDC, l’ADEA ambitionne d’accompagner jusqu’à 30 pays africains dans le renforcement de leurs systèmes de données sur l’éducation et les compétences et dans la promotion d’une culture de prise de décision fondée sur les preuves.
« Les données de qualité ne sont plus une option. Elles sont essentielles pour planifier, suivre, évaluer et améliorer les systèmes éducatifs. Grâce à l’ESDC, nous aidons les pays à faire des données un véritable levier de développement », a souligné M. Yombo.
Au nom du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Professeur El Hadji Omar Thiam a qualifié les données de ressource stratégique au même titre que les ressources humaines et financières. Il a rappelé que les décisions relatives à l’orientation des étudiants, à l’allocation des ressources, à l’adaptation des programmes de formation ou encore à la conduite des réformes éducatives reposent désormais sur des données fiables, actualisées et correctement exploitées.
La cérémonie a également été marquée par la présentation du programme national de renforcement des capacités qui sera mis en œuvre par l’ENSAE. Celui-ci comprend six modules de formation portant notamment sur Excel avancé et l’automatisation avec VBA, le traitement et l’analyse des données avec le logiciel R, l’interprétation des indicateurs éducatifs, l’analyse spatiale avec QGIS, la gouvernance et la protection des données, ainsi que le perfectionnement des compétences de base en Excel pour les services déconcentrés.
Ces formations seront déployées entre juin et octobre 2026 à travers plusieurs cohortes regroupant des agents des trois ministères partenaires. Les participants bénéficieront également d’un accompagnement post-formation, de ressources numériques et d’exercices pratiques destinés à favoriser l’application des compétences acquises dans leur environnement professionnel.
Au-delà du renforcement des capacités, cette initiative vise à institutionnaliser l’utilisation des données dans le secteur éducatif, à renforcer la collaboration entre les ministères, les institutions statistiques et les partenaires techniques et financiers, ainsi qu’à promouvoir l’apprentissage entre pairs et le partage des bonnes pratiques entre les pays africains engagés dans le programme.
À travers le lancement de l’ESDC, le Sénégal réaffirme son engagement en faveur d’une gouvernance éducative fondée sur les données et consolide son positionnement comme référence continentale en matière de statistique publique et de prise de décision basée sur l’évidence. Plus qu’un simple programme de formation, l’ESDC représente un investissement stratégique dans la construction d’une véritable culture de la donnée, capable d’améliorer les résultats éducatifs, de renforcer les systèmes de développement des compétences et de soutenir durablement le développement du capital humain.