De l'évaluation à l'action : l'ADEA et Elimu Soko lancent l'AFLAI pour faire progresser l'évaluation de l'apprentissage fondamental pilotée par les pays en Afrique

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Alors que les pays africains intensifient leurs efforts pour améliorer l'apprentissage fondamental, renforcer la manière dont les apprentissages sont mesurés et traduits en action demeure essentiel à l'amélioration des résultats éducatifs. Le mardi 3 novembre 2026, l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) et Elimu Soko ont franchi une étape importante dans le renforcement des capacités des pays en matière d'évaluation des apprentissages, avec le lancement de l'Initiative africaine d'évaluation de l'apprentissage fondamental (AFLAI) lors d'un webinaire sur le thème « Mesurer les progrès des systèmes éducatifs : des acquis des élèves à une transformation durable des systèmes ». Réunissant des décideurs politiques de l'éducation, des représentants des dispositifs nationaux d'évaluation, des experts techniques et des partenaires au développement, ce lancement a présenté une nouvelle voie d'appui technique piloté par les pays, qui s'appuie sur les efforts d'évaluation existants pour renforcer les compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul à travers l'Afrique.

À l'ouverture du webinaire, la Dre Jacqueline Jere-Folotiya, experte principale en apprentissage fondamental à l'ADEA, a souligné l'importance de données probantes disponibles en temps utile pour éclairer l'élaboration des politiques.

« Les données probantes sur lesquelles s'appuient les gouvernements africains doivent arriver à temps pour compter, résister à l'examen critique et être accessibles au moment où les dirigeants prennent effectivement leurs décisions. »

Elle a réaffirmé l'engagement de l'ADEA à faire en sorte que l'AFLAI reste à l'écoute des priorités nationales, en mettant les gouvernements en relation avec leurs pairs et des experts, en facilitant l'échange de connaissances et en partageant des enseignements pratiques entre les systèmes éducatifs africains.

Dans son message aux participants, Clio Dintilhac, chargée de programme principale pour l'éducation mondiale à la Fondation Gates, a mis en avant la dynamique continentale croissante en faveur de l'apprentissage fondamental, notamment un engagement accru des gouvernements et l'amélioration des résultats en lecture dans plusieurs pays. Elle a souligné la valeur d'une expertise technique ciblée pour aider les gouvernements à consolider ces progrès et à renforcer leurs pratiques d'évaluation.

Présentant l'initiative, Muna Ngenda, directrice adjointe d'Elimu Soko, a expliqué que l'AFLAI est le fruit de consultations menées avec les gouvernements africains afin de répondre aux besoins en matière d'évaluation de l'apprentissage fondamental identifiés par les pays eux-mêmes. Son appui aux pays couvre six domaines : la politique d'évaluation, l'architecture du système, l'élaboration des outils, la mise en œuvre, l'analyse et l'utilisation des données, ainsi que l'établissement de critères de référence et la communication des résultats. Plutôt que d'introduire de nouvelles structures d'évaluation, l'AFLAI vise à renforcer les capacités nationales grâce à une assistance technique adaptée.

Les expériences de Zanzibar, du Sénégal et de Madagascar ont illustré le travail d'évaluation déjà en cours. Zanzibar a mis en place des évaluations en lecture-écriture et en calcul alignées sur son curriculum révisé, en s'inspirant des approches de l'évaluation des compétences fondamentales en lecture (EGRA) et en mathématiques (EGMA). Le Sénégal conduit des évaluations formatives trimestrielles et suit les apprentissages au moyen de pré-tests et de post-tests, tout en développant des approches alignées sur son Modèle harmonisé d'enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS). Madagascar réalise des évaluations nationales en mathématiques, en français et en malagasy, et améliore en continu ses instruments d'évaluation et l'analyse des données.

Prenant appui sur ces efforts, les représentants des pays ont présenté leurs besoins techniques prioritaires. Dr Rashid Mukki, directeur du Conseil des examens de Zanzibar, a évoqué le projet d'évaluer la maîtrise de l'anglais chez les élèves de Standard 4 (quatrième année du primaire) au moment de leur passage à l'anglais comme langue d'enseignement. **Dr Cheikh Bèye, inspecteur de l'enseignement élémentaire et coordonnateur du MOHEBS au Sénégal**, a insisté sur l'harmonisation des outils d'évaluation, la constitution de banques d'items et la définition de seuils de compétence. Henintsoa Ratovo Tahaka, responsable des données et statistiques à l'UEAS à Madagascar, a identifié la définition de niveaux de performance et de descripteurs de compétences plus clairs comme priorités pour interpréter les résultats et orienter la remédiation.

Les premiers échanges avec l'AFLAI explorent la manière dont ces priorités pourraient être prises en charge. Madagascar a examiné une note conceptuelle axée sur l'amélioration de l'interprétation et de l'exploitation des résultats des évaluations nationales, à la suite d'échanges facilités par FHI 360. Le Sénégal a discuté d'un appui à l'élaboration des évaluations, à la gestion des données et au renforcement des capacités, tandis que Zanzibar a exploré une coopération technique pour son projet d'évaluation de la maîtrise de l'anglais. Ces échanges restent préliminaires, l'appui envisagé étant conçu en fonction des programmes nationaux existants.

Apportant une perspective régionale, Hilaire Hounkpodote, coordonnateur du PASEC à la CONFEMEN, a présenté les résultats des évaluations PASEC 2024, publiés le 22 octobre. En début de scolarité primaire, environ six élèves sur dix ont atteint le seuil de compétence évalué en lecture, et sept sur dix en mathématiques. En fin de scolarité primaire, ces proportions étaient respectivement d'environ 38 % et 25 %. Bien que ces résultats portent sur des groupes d'élèves différents, ils soulignent la nécessité de suivre les apprentissages tout au long des cycles d'enseignement et de réagir aux difficultés dès leur apparition.

M. Hounkpodote a mis en lumière les défis liés aux connaissances des enseignants en mathématiques, à l'accès inégal aux ressources pédagogiques et aux disparités des conditions scolaires. Plusieurs systèmes éducatifs participants ont enregistré un recul des performances en fin de primaire d'un cycle d'évaluation à l'autre, ce qui soulève des questions sur les effets de perturbations telles que la COVID-19 et sur la nécessité de renforcer la résilience des systèmes éducatifs.

Les représentants des pays ont expliqué comment les résultats régionaux complètent les évaluations nationales. Le Sénégal utilise le PASEC pour comprendre les tendances générales et tirer des enseignements d'autres pays, tandis que les évaluations régulières permettent une remédiation ciblée. Madagascar combine les comparaisons régionales avec des résultats nationaux propres à son curriculum. À Zanzibar, les résultats des évaluations alimentent les revues annuelles du secteur de l'éducation, la formation des enseignants et le suivi assuré par les inspecteurs scolaires. Ces expériences montrent comment différentes sources de données probantes peuvent remplir des fonctions distinctes mais complémentaires dans la planification de l'éducation.

Les échanges ont réuni deux perspectives : les dispositifs nationaux d'évaluation fournissent des données adaptées au contexte, tandis que les évaluations régionales permettent de dégager des tendances d'apprentissage plus larges et des défis communs. Renforcer les liens entre ces sources peut aider les gouvernements à prendre des décisions plus éclairées en matière d'enseignement, d'allocation des ressources et de réformes éducatives.

À travers l'AFLAI, l'ADEA et Elimu Soko entendent accompagner les pays dans la prise en charge de leurs priorités en matière d'évaluation. Les gouvernements souhaitant collaborer avec l'initiative ont été invités à exprimer leurs besoins via le site web de l'AFLAI, point de départ de discussions techniques de suivi. L'initiative offre l'occasion de consolider les progrès réalisés et de traduire les données d'évaluation en interventions ciblées et en améliorations durables de l'apprentissage fondamental.