Remodeler le secteur de l’enseignement supérieur

L'enseignement supérieur en Afrique a enregistré une croissance spectaculaire au cours des deux dernières décennies. Le nombre d'établissements a augmenté et ceux qui existaient déjà se sont développés. Les inscriptions ont augmenté de manière considérable, faisant peser une contrainte sur l'infrastructure existante, les ressources et le personnel.
Le rôle dominant joué par les universités publiques dans les premières décennies de l'indépendance a été ébranlé par l'arrivée dans le paysage d'universités privées et de colleges. Cette expansion s'est accompagnée de problèmes concernant l'accès, l'équité, le financement, la pertinence des programmes offerts, la qualité et le déclin de la capacité et des résultats de la recherche.
Cependant, la capacité à élaborer des politiques et des stratégies de réformes et à les mettre en œuvre fait souvent défaut dans la majorité des états africains. Un certain nombre de pays sur le continent sont actuellement considérés comme fragiles ou à la dérive, signifiant par là qu'ils ont une capacité limitée à mener leur propre programme de développement, sans parler des innovations scientifiques et technologiques. En fait, dans certains pays, les institutions de gouvernance sont si fragiles que la démocratisation et la mise en œuvre des réformes économiques sont bloquées, engendrant instabilité et violation des droits de l'homme.

L'enseignement supérieur doit se transformer
Et pourtant on ne saurait trop insister sur l'importance de transformer les établissements d'enseignement tertiaire.

Une éducation et une formation tertiaire diversifiées et de qualité fortement orientées sur l'acquisition de connaissances, le renforcement des capacités et des compétences essentielles pour l'utilisation du savoir-faire technologique et scientifique sont indispensables. C'est une condition préalable nécessaire pour repositionner et intégrer l'Afrique dans l'économie mondiale de la connaissance.
Le développement d'une infrastructure et d'institutions régionales engendreraient des économies d'échelle et des avantages économiques importants. La redynamisation des entités économiques régionales existantes (COMESA, EAC, CEDEAO, IGAD, CDAA, etc.) est encourageante, mais il faut beaucoup de travail pour voir se concrétiser les avantages attendus de l'intégration.
Il est également nécessaire d’élaborer de manière créative une éducation centrée sur l'apprenant dans les niveaux inférieurs et au niveau de l'éducation tertiaire. Et en particulier, d’assurer la continuité et l'avancement dans la préparation des apprenants aux premiers niveaux  de l'éducation et de la formation pour assurer leur réussite au niveau de l'acquisition des compétences appropriées dans l'éducation et la formation tertiaires.

La mondialisation passe par le changement.
Il est nécessaire d’encourager de solides partenariats entre les secteurs publics et privés pour le développement de l'éducation tertiaire en sciences et en technologie. Ceci était essentiel pour mobiliser des ressources et la synergie nécessaire pour améliorer l'éducation en sciences, la qualité et la pertinence de l'enseignement et de l'apprentissage, et soutenir une recherche axée sur la génération, la diffusion et l'utilisation de nouvelles connaissances et innovations en faveur du développement.
Au niveau mondial se dessine une prise de conscience croissante de l'importance d'une collaboration et d'une coopération étroites entre les pays à travers le partage des ressources et de la technologie, pour s'attaquer au problème commun, et faciliter la libre circulation des personnes.
Une plus grande coopération à travers le commerce et les services a engendré un besoin parallèle de systèmes d'éducation adaptés pour répondre aux demandes des personnes formées ayant des qualifications reconnues et qui sont capables et prêtes à se déplacer et à travailler dans n'importe quelle région du monde.
Et enfin, il est nécessaire d’intégrer le développement des compétences professionnelles (compétences génériques et spécifiques) à tous les niveaux de l'apprentissage, de l'éducation et de la formation. Ceci afin d'assurer une masse critique de travailleurs et d'entrepreneurs ouverts à l'innovation et à la technologie, et capables d'améliorer la productivité et l'organisation du travail.
Ainsi, on apporte une valeur ajoutée à l'économie pour transformer les économies de subsistance actuelles en économie à forte croissance et accroître l'employabilité et l'emploi des jeunes (révolution agricole et modernisation du secteur informel actuellement prévalant dans les économies africaines).
Tous les cycles de l'éducation doivent être alignés

L'Afrique doit examiner d’un œil critique la façon dont ses jeunes et ses adultes acquièrent et appliquent la connaissance, les qualifications et les compétences en science et technologie. Il est donc impératif d'aligner ses systèmes d'éducation et de formation depuis les premiers stades jusqu'à l'enseignement supérieur, pour en faire un processus d'acquisition continue de compétences scientifiques et technologiques essentielles. Alors que l'enseignement et l'apprentissage des compétences scientifiques et technologiques dans le premier et le second cycle de l'éducation sont essentiels pour participer à l'économie mondiale du savoir, le développement de l'éducation supérieure joue un rôle essentiel et de plus en plus important.

Khadija Khoudari est responsable du programme de l’éducation pour l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA).